2009 Exposition Christian BOLTANSKI

 

Exposition des Œuvres de Christian BOLTANSKI
(de 1972 à 1985)
issues de la collection du Frac Aquitaine

Château de Monbazillac
Du 18 juin au 6 septembre 2009

carton pour invitation expo Boltanski

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Vernissage de l’exposition

mercredi 17 juin

Présentation des oeuvres par le FRAC-AQUITAINE

Le FRAC-Aquitaine se réjouit de pouvoir présenter pour la deuxième année consécutive une exposition en partenariat avec « Les Rives de l’art » dans le cadre prestigieux du Château de Monbazillac.
Après avoir invité Chantal Raguet à investir les lieux en 2008, FRAC-Aquitaine, en concertation avec la cave coopérative du Château de Monbazillac, a choisi de faire découvrir à un large public les sept œuvres de Christian BOLTANSKI appartenant à sa collection : trois Vitrines de référence (1972), la série photographique Les Enfants de Berlin (1975), deux Saynètes comiques (1975) et l’installation Ombres (1985). De notoriété internationale, Christian Boltanski sera le prochain invité de « Monumenta » (2010), manifestation nationale qui propose à une grande figure de l’art contemporain de réaliser un projet spécifique au Grand Palais (Paris).
Le château de Monbazillac, monument historique classé du XVIe siècle, sera ainsi investi par des œuvres issues de différents médiums : photographies, peintures et installations, de manière à ce que s’amorce un dialogue entre l’histoire du château et l’univers de l’artiste dont témoignent les œuvres exposées, bâties autour des notions de biographie et de mémoire collective.

A partir des années 1970, Christian Boltanski réalise des œuvres à caractère subjectif reposant sur une logique programmatique.
Par le biais d’installations intégrant souvent des objets trouvés et des photographies, Boltanski réactive les ressorts de la mémoire pour évoquer, tour à tour ou simultanément, l’enfance, le passé – la petite et la grande Histoire – ou encore le deuil. Réalisés à l’aide de simples matériaux (photographies, carton ondulé, pâte à modeler, luminaires, boîtes de biscuits…), ces dispositifs induisent une pratique dont le geste reste très étroitement associé à une pensée « en train de s’élaborer ». Ils révèlent ainsi un aspect « fait main » volontairement recherché. L’art de Christian Boltanski tient dans sa capacité à reconstituer des « morceaux » d’existence avec des objets et des images, sans que ceux-ci ne lui appartiennent nécessairement. Son œuvre déploie un langage « personnel » dont le but est d’être « universel ».

A la fin des années 1980, l’artiste réalise des installations monumentales composées de boîtes de biscuits éclairées par de petites ampoules, puis des espaces saturés de vêtements entassés et suspendus. Cette étape est capitale :  les Monuments ou Inventaires conçus comme des « mémoriaux », dédiés à la mémoire des disparus, marquent le passage du récit individuel au destin collectif. De ces indices de présence humaine (hommes, femmes et enfants, anonymes), l’artiste cherche à faire émerger une « densité » palpable, non verbalisée. Sa propre vie constitue le sujet d’un récent ouvrage intitulé La vie possible de Christian Boltanski, paru en 2007 (Editions Le Seuil).

Christian BOLTANSKI

Paris, 1944. Vit et travaille à Malakoff.

Vitrine de référence, 1972
Vitrine de référence, 1972
Vitrine de référence, 1972

Vitrines de référence, réalisées par Christian Boltanski entre 1972 et 1973, se composent d’éléments divers tels que des manuscrits, agendas, photographies d’identité, morceaux de sucre taillés, cheveux et petites armes précaires élaborées par l’artiste. Ces objets, placés dans une vitrine, s’apparentent à un inventaire, d’où l’on peut percevoir l’influence du Musée de l’Homme, fréquenté par l’artiste.
« Mon enfance a été très spéciale et mon travail n’a cessé de la cacher par une autre, inventée ». Les éléments en présence dans les trois Vitrines de référence sont fictionnels : il s’agit d’objets récupérés ou fabriqués par l’artiste quelques années auparavant. Ce qui est important, selon Christian Boltanski, n’est pas le véritable témoignage de son enfance, mais le récit et les connexions que le spectateur peut établir, construire à partir de ces objets-documents. « L’œuvre d’art ne parle forcément que de soi, mais soi n’a aucune importance, ça devient chacun ».
À travers les Vitrines de référence, Christian Boltanski aborde également l’idée du « temps qui s’écoule ». Cette notion est inhérente au musée qui a pour mission de classer et de conserver des œuvres qui parlent d’un temps révolu. Ici, le cadre de présentation – une vitrine – y fait directement référence. L’artiste n’a jamais cessé de travailler sur l’idée de la mémoire tout au long de son œuvre: pour se positionner en tant qu’individu par rapport au temps, au passé et aussi pour nous amener, spectateurs, à nous questionner sur le souvenir et l’oubli. « Toute ambition paraît très prétentieuse. Ce que je trouve le plus formidable dans le fait d’être artiste, c’est que l’on peut toucher des gens qui ne vous connaissent pas personnellement, et que l’on peut encore toucher après sa propre mort. Donner de l’émotion à des gens qui sont loin de moi ».
L’œuvre de Christian Boltanski procède par accumulation : matériaux, objets, photographies qui servent à faire ressurgir un passé. Son travail traite notamment de la disparition, de ce qui reste après la mort, des effets de deuil et de seuil : ses œuvres sont chargées d’un fort pouvoir émotionnel.

 

La Punition injuste, 1975
La Visite du docteur, 1975
de la série Les saynètes comiques

La Punition injuste et La Visite du docteur sont composées de 4 photographies noir et blanc rehaussées de pastel. Elles appartiennent à la série Les Saynètes comiques réalisées entre 1974 et 1975. Au-dessous de chaque image, une légende manuscrite à la gouache, en lettres capitales blanches sur fond noir, est encadrée de la même façon que les photographies. Chaque légende consiste en une phrase extrêmement courte qui ne dit que ce qu’illustre l’image. L’ensemble forme une fiction et décrit un instant de vie relatif à l’enfance : le rituel du coucher est associé à l’autorité paternelle, la maladie de l’enfant à l’inquiétude maternelle. L’artiste est fasciné par les souvenirs d’enfance, surtout lorsque ses propres réminiscences rejoignent celles des autres. Dès ses premiers travaux, il s’attache à questionner ces thèmes universels que sont l’enfance, la mémoire, le deuil, le sentiment de la perte ou de la disparition.

Dans chaque photographie, Christian Boltanski se met en scène et incarne tour à tour d’une manière volontairement dérisoire et ridicule le rôle de l’enfant, du père, du docteur et de la mère. À l’instar des autres pièces de la série Les Saynètes comiques, l’artiste réalise des reconstitutions biographiques sur le mode clownesque, référence directe à Karl Valentin, acteur satiriste allemand des années 1920-1930.
À travers ces deux œuvres, l’artiste explore un sujet autobiographique auquel le public peut s’identifier. « Je veux que les spectateurs ne découvrent pas, mais qu’ils reconnaissent. Pour moi, un tableau est en partie créé par celui qui le regarde, qui le « lit » à l’aide de ses propres expériences ». En effet, une mise à distance s’opère par la manière exagérée dont sont jouées ces scènes mais aussi par la simplicité des décors. Ainsi le spectateur ne se retrouve pas confronté à un épisode de l’existence privée de l’artiste mais plutôt face à un instant de vie qualifié de banal. Il apparaît alors possible pour le public de s’identifier. « Je n’ai rien voulu d’autre que de raconter des histoires que nous connaissons déjà ».
À partir des thèmes de l’enfance et de la mémoire, Christian Boltanski crée une œuvre qui revisite en permanence le fil de l’histoire intime et universelle. Quel que soit son mode d’expression, installation, photographie, peinture ou films, l’artiste ne cesse de faire le récit, sur un mode autobiographique, de sa mythologie personnelle qui peu à peu se confond avec celle des autres.

 

Les Enfants de Berlin, 1975

Les Enfants de Berlin est une série constituée de trente-quatre portraits couleur que Christian Boltanski a réalisée en 1975. Au premier abord, ce travail s’apparente à des photographies effectuées dans les écoles par des professionnels pour conserver le souvenir d’un passage dans une classe. Ces 34 photographies ne pourraient représenter que 34 enfants d’une même classe de Berlin, se prêtant au rituel annuel du face à face avec le photographe en milieu scolaire.
Pris en plan rapproché, chaque portrait d’enfant présente le même cadrage ; de face, à mi-corps, sur un fond neutre et froid, chacun – ou presque – regarde le spectateur. Derrière la fraîcheur de chaque visage d’enfant, derrière les sourires plus ou moins spontanés, derrière la reconnaissance d’un code vestimentaire et familier des années 1970, transpire une certaine étrangeté. Christian Boltanski décrit ainsi son expérience : « (…) J’ai demandé à photographier les enfants dans une école. Et en le faisant, j’ai eu le sentiment, sans doute parce que j’étais à Berlin, de tuer les enfants. Ils étaient en ligne, ils attendaient, je les prenais en photo les uns après les autres… J’avais l’impression qu’ils étaient prêts à être fusillés. Le fait qu’ils attendent comme ça en ligne, que je ne leur parle pas car je ne parlais pas leur langue, renforçait cette idée que photographier quelqu’un, c’est le tuer ».
Ainsi l’attente des enfants, la distance due à l’entrave de la langue, la répétition du geste photographique, l’utilisation répétée du flash confèrent au geste de la prise de vue un caractère mortifère. À travers cette œuvre, Christian Boltanski accentue l’idée de disparition. Prendre une photographie, c’est immortaliser un moment qui n’existera plus. La photographie, selon l’artiste, « capture un moment de vie, et devient sa mort ».
De même, les origines de l’artiste donnent également à ce travail une dimension particulière, une résonance émotionnellement chargée. Christian Boltanski est d’origine juive du côté paternel et sa famille vivait à Paris pendant l’occupation ; son père a été contraint de se cacher pendant deux années dans un grenier attenant à leur appartement. Il apparaît dès lors compréhensible que la ville où ont été prises ces photographies et la manière dont se sont déroulées ces prises de vue puissent avoir touché l’artiste d’un point de vue personnel au regard de son histoire et de l’Histoire, et plus particulièrement celle de la Shoah.
Le spectateur peut alors, selon son propre vécu et sa sensibilité, ressentir un sentiment dérangeant face à cette œuvre ou, au contraire, ne se remémorer que des souvenirs heureux liés à son enfance. Cet écart de lecture sème le trouble. En assimilant des évènements historiques, collectifs aussi bien que privés et fictionnels, l’art de Christian Boltanski offre plusieurs entrées possibles et gagne en puissance réflexive.

 

Ombres, 1985

Ombres fait partie des environnements que Christian Boltanski propose dans des espaces clos et sans lumière naturelle à partir de 1985. Des petites créatures composées de matériaux pauvres (cartons, bois, plumes, écorces) sont suspendues à des fils de fer et éclairées par des projecteurs. Un ventilateur placé au sol les anime doucement, créant ainsi une sorte de théâtre d’ombres. Les silhouettes se projettent sur les murs, tremblent et participent à la même histoire. « Pour les réaliser, je m’étais donné comme règle de ne jamais rien acheter, de faire le tour de la maison à Malakoff, ou de ramasser des choses dans les caniveaux : des écorces, un bout de fil de fer… J’aimais le côté glaneur, aller chaque jour chercher des éléments et travailler avec ceux que j’avais trouvés ». Fragile et bricolée à partir de « bouts de trois fois rien », d’air et de lumière, cette œuvre devient monumentale. Elle joue sur les contraires et convoque chez le spectateur des sentiments contradictoires où se réconcilient légèreté et gravité. Le caractère enfantin et enchanteur du mécanisme retient l’attention et confère à l’ensemble un univers magique et onirique. Les éléments sont amplifiés par le jeu des ombres et de la lumière ; les évocations gagnent en puissance comme un enfant sait extrapoler à partir d’un détail. Christian Boltanski évoque, par cette installation, les réminiscences de jeux d’enfants, quand les cauchemars se fondent principalement sur des éléments extérieurs à la réalité, les contes par exemple. De plus, la façon dont le spectateur vient à l’œuvre, en la regardant par une petite ouverture comme au travers d’une serrure pour voir ce qui se cache derrière, charge la scène en mystère. Alors qu’il se trouve dans la lumière, de l’autre côté, règne le domaine de l’ombre : s’agit-il de secrets enfouis ? De réminiscences de l’inconscient ? De fantômes ? A moins que ces marionnettes ne soient que les protagonistes d’une danse macabre ?
« Les Ombres sont des pièces beaucoup moins tristes que ce que j’ai pu faire par la suite. L’idée était déjà d’apprivoiser la mort, mais elles mettaient en scène une mort gentille, divertissante, et c’étaient seulement de petits jouets, liés au rêve, pas à la réalité ».

  Frac-Collection Aquitaine
mai 2009

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Articles de presse

Journal Sud Ouest du 25 juin                     Journal Sud Ouest du 11 août

article de Sud Ouest du 25 juin 2009 Boltanski            article de Sud Ouest du 23 août 2009 Boltanski

Beaucoup plus tard et sans aucun lien avec cette expo, sinon l’artiste

France Inter « Les Masterclasses » du 4 juillet 2017 Christian Boltanski : « Etre artiste, c’est aussi une manière de guérir.« 

 

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